Alors que l’open banking a démarré il y a maintenant 8 ans en Europe, la commission européenne souhaite aller beaucoup plus loin en permettant l’ouverture et le partage des datas de l’ensemble du secteur financier.
Les objectifs sont l’innovation, l’optimisation de la mise en concurrence, et la maitrise des datas par les consommateurs.
Cette évolution réglementaire porte le doux nom de FIDA, pour Financial Data Access. Portée aux nues par les fintech, elle est redoutée par les assureurs (mutualistes en tête).
Pourquoi une telle différence de point de vue ? Qu’en est-il réellement ?
FIDA, qu’est ce que c’est ?
Il s’agit d’une proposition de loi de la commission européenne qui date de juin 2023. L’objectif est d’imposer les « détenteurs de données », par exemple les établissements de crédits, les fonds de gestion, les instituts de prévoyance, mais aussi les assureurs IARD à partager les données clients avec des tiers, nommés « utilisateurs de données ».
Ces utilisateurs de données pourraient se servir des données client pour constituer des agrégateurs, des comparatifs de produits du marché, ou encore pour orienter le consommateurs vers un produit totalement adapté à ses spécificités.
Cette réglementation est une suite très élargie des Directives sur les Paiements (DSP1 et DSP2) qui datent de 2009 et 2017.
Quels sont les intérêts pour les consommateurs ?
Premier élément, le consommateur ne se verra pas imposé le partage de ses données. Tout reposera sur un consentement explicite.
Une fois son consentement donné, les détenteurs de données, par exemple la Banque ou l’Assurance, devront partager la plupart des données clients, allant jusqu’aux éléments permettant la tarification. L’assureur habitation devra, au-delà de données d’identité, partager l’adresse, la surface, ou encore le nombre de pièce de la maison concernée.
On peut imaginer ainsi que le consommateur accède rapidement à des estimations de tarifs assez précises, mettant en concurrence très facilement les assureurs habitation du marché.
Le consommateur pourra aussi utiliser un agrégateur pour retrouver sur une même application mobile tous ses contrats bancaires, assurantiels, ainsi que ses investissements, quels que soient les établissements d’origine.
Les gains imaginés sont donc la transparence, la rapidité et la capacité à comparer.
Pourquoi les assureurs se mobilisent contre FIDA ?
Surcharge réglementaire et coût de la transformation
Tout d’abord, le secteur financier européen est soumis depuis plusieurs années à de multiples réglementations qui lui imposent des transformations fortes et des investissements majeurs : RGAA, RGPD, DORA, CSRD, IA Act …
FIDA va imposer de nouveaux projets de transformation majeurs, les données devant être mises à disposition dans des formats standards, via des API qui n’existent pas toujours chez les acteurs historiques.
Un tableau de bord des permissions devra aussi être construit et rendu accessible aux clients ou sociétaires.
Surcharge réglementaire, dette technique, renforcement de la concurrence… Mais ce n’est pas tout. A juste titre, les assureurs tirent la sonnette d’alarme sur des conséquences qui pourraient être négatives pour les consommateurs eux-mêmes.
Hyper personnalisation vs mutualisation des risques
En ayant accès aux données précises du profil client et de son bien à assurer, il sera possible de proposer une assurance sur mesure, très personnalisée, et qui peut correspondre parfaitement au client.
Mais il sera aussi aisé de mieux choisir ses risques en amont, et de proposer des tarifs repoussoirs lorsque l’assuré habite par exemple dans une zone inondable. Cette tendance, déjà à l’œuvre, amène les acteurs mutualistes à supporter de plus en plus de coûts que les assureurs « capitalistes » se refusent à assurer. Ainsi, la mutualisation des risques repose sur moins de clients, qui doivent chacun payer un peu plus. Ce faisant, plutôt que de créer de la concurrence, il y a une tendance à sa destruction.
Simplification des offres
Un autre risque majeur est d’avoir un positionnement de certains assureurs, construit pour répondre à ces agrégateurs ou comparateurs. Sans accompagnement humain puisqu’il s’agira de comparaisons digitales uniquement, la logique « prix » risque de gagner encore en influence.
In fine, les consommateurs pourraient être moins bien assurés pour un même bien.
Pour conclure, le règlement FIDA n’est pas encore sec, et il faudra que l’ensemble des acteurs de la place se l’approprie. La commission européenne a mis des gardes fous pour préserver la souveraineté numérique :
- Les GAFAM ne pourront pas se positionner comme « utilisateurs de données »
- Le partage de donnée sera rémunéré pour les détenteurs de données.
- Enfin, tout reposera sur le consentement du consommateur.
La tendance à la simplification réglementaire laisse supposer que ce texte ne sera pas appliqué à très court terme, mais le secteur financier doit se préparer à son application qui lui imposera des transformations IT conséquentes, et sans doute aussi une révision de sa relation client.